ACTION ANTI-CORRIDA: RODILHAN EN ÉTAT DE SIÈGE

img-news-gauche31 octobre 2013

 

À l’appel de l’alliance formée par le CRAC (Comité Radicalement Anti-corrida), Animaux en Péril et la Fondation Brigitte Bardot, 750 manifestants ont convergé ce 27 octobre vers le village français de Rodilhan (Gard), théâtre de violences extrêmes à l’encontre de militants de la protection animale le 8 octobre 2011. La première action avait marqué un tournant dans l’histoire du conflit entre pro et anticorridas lorsque ces derniers, enchaînés dans l’arène afin d’empêcher une novillada (corrida de jeunes taureaux), avaient été roués de coups et humiliés par une foule hors de contrôle, avide de casser davantage que du taureau. Rodilhan demeure pour notre lutte le lieu d’un avant et d’un après: les faits graves de 2011 y ont redéfini la notion même de résistance.

 

Ce 27 octobre 2013, le retour dans la petite localité est donc hautement symbolique. Le village tout entier est devenu arène, celle d’une lutte emblématique entre tenants du respect de la vie et ceux que la souffrance excite. Les activistes affluent depuis la France, la Belgique (dont une vingtaine amenés par Animaux en Péril), l’Angleterre et les États-Unis. Le déclencheur est la réédition du festival Graines de toreros, mis sur la touche suite aux débordements de 2011, mais qui reprend le collier sous l’action nauséabonde du maire Serge Reder, lui-même agresseur de militants. La novillada change de nom pour tenter de s’offrir une virginité, mais recouvre la même ordure, le même mépris de la vie animale. Elle est aussi un camouflet aux souffrances endurées par les victimes humaines, aux interminables 35 minutes de passage à tabac dans l’arène, durant lesquelles le monde a basculé.

 

Rodilhan, bastion sous haute surveillance

 

Vu le contexte, il est exclu, ce 27 octobre, de se limiter à une démonstration paisible autour du village. Le mot d’ordre est de perturber au maximum la barbarie, en dépit des moyens colossaux mis en oeuvre par les autorités pour verrouiller les lieux: l’appel à la mobilisation par les trois associations réunies en collectif anti-corrida a en effet retenu toute l’attention du préfet du Gard. Celui-ci entend faire respecter un arrêté communal antidémocratique adopté pour la circonstance, qui interdit toute manifestation à moins de 400 mètres des arènes. Cette disposition repousse les militants hors de la localité minuscule et jusque dans les champs alentours, en compagnie de C.R.S désoeuvrés parfois allongés dans des chaises longues.

 

Le gros des forces de l’ordre, cependant, attend dans le village où l’ambiance n’est pas à la décontraction: au total, ce sont 270 gendarmes mobiles et C.R.S qui bloquent les accès aux militants mais également à toute personne souhaitant entrer sans billet, y compris les riverains qui n’ont pas réintégré le territoire rodilhanais avant le jour J. Entre les entrées hermétiquement gardées, le périmètre interdit est renforcé par une ligne de barrières placées par des ouvriers communaux à grand renfort d’heures supplémentaires. Les billets pour la novillada n’ont été mis en vente que via les clubs taurins, à des aficionados connus et identifiés, pour éviter l’infiltration d’activistes dans l’arène. Conséquence: les gradins sont à moitié dépeuplés, et c’est pour quelques inconditionnels seulement que des veaux vont mourir, torturés par des adolescents boutonneux en mal de virilité. Quant aux commerçants, ils n’ont pas le droit d’ouvrir leurs boutiques et n’apprécient guère la nouvelle loi martiale. Toutes ces précautions coûteront aux contribuables 50.000 euros, le prix à payer pour étancher la soif de sang du maire Serge Reder.

 

Sur les barricades

 

L’action commence avec un discours de Jean-Pierre Garrigues, président du CRAC, dont les accents guerriers sont retransmis via une sono tonitruante qui souffle à travers le village comme un vent de révolte et porte jusqu’aux arènes. Les militants savent que la journée sera longue: le festival débute avec une tienta, corrida sans mise à mort qui est destinée à évaluer la bravoure des veaux et des vachettes. Les animaux les plus courageux deviendront des toros ou des reproducteurs tandis que les autres termineront à la boucherie prématurément.

 

Quant à la novillada, elle est prévue à 14 heures. Le but dans notre camp est de perturber le carnage, et pour cela de s’approcher au maximum des arènes, sans pour autant déployer la moindre violence physique à l’égard des personnes. À défaut de pouvoir empêcher la torture des veaux, nous gâcherons le plaisir des bourreaux; qu’à l’instar de leurs victimes, ils tremblent de peur, captifs assiégés dans leur prison de sable et de gradins.

 

Toujours portés par la voix de Jean-Pierre Garrigues, les militants se rendent à l’entrée du village, bloquée par un triple cordon de barrières, de CRS et de voitures de police. L’obstacle est infranchissable. Le cortège se scinde alors en neuf groupes, menés par les militants les plus expérimentés tels que Jérôme Lescure (réalisateur du film A.L.F.) et Patrick Sacco. Un véritable arsenal anti-émeute les attend dans les mains des C.R.S. Quant à nos activistes, ils ont pour toute arme l’héroïsme que procure le dévouement à la cause des autres, la bravoure que n’entache pas l’intérêt personnel, la volonté qui a pour noyau pur l’altruisme.

 

L’invincible détermination

 

Les points d’accès au village étant verrouillés par les CRS retranchés derrière les grilles, les militants se jettent sur les barrières, qui cèdent de toutes parts. La riposte est brutale: les forces de l’ordre emploient des fumigènes en grenades et en spray, y compris contre les participants des sit-ins. La foule, pourtant protégée par des masques, des foulards, des cagoules et des lunettes de plongée, tousse et suffoque, les yeux rougis, les bronches brûlées par le gaz. Mais les barricades tombent, et les deux factions se lancent dans un épuisant chassé-croisé de poursuites et de tentatives de percée vers les arènes. Les efforts des manifestants sont repoussés avec une rage paroxystique, largement disproportionnée, de la part de certains CRS.

 

Un des accès en particulier draine la lutte. La scène est celle d’une ville en guerre: mugissements des sirènes, militants hurlant et courant à travers les panaches des fumigènes colorés qui symbolisent la résistance, ou accrochés aux grilles encore debout en scandant des slogans abolitionnistes. Les brutalités s’enchaînent à leur encontre: des lacrymogènes sont dirigés directement dans les yeux et la bouche des protestataires, parfois à quelques centimètres de distance; quatre policiers s’acharnent sur un manifestant à coups de matraque, de pieds, de bombes lacrymos. Des militantes âgées sont traitées avec violence. Des grenades de dispersion incapacitantes (flashbangs) sont lancées dans la foule, qu’elles désorientent par des flashes aveuglants et des détonations assourdissantes. L’une d’elles explose en projetant un schrapnel qui perfore la jambe d’une militante, touchant l’artère. Impossible, dira la manifestante américaine Carole Raphaelle Davis, de reconnaître la France dans ce pays d’hommes de main qui gazent et tabassent, avec une jouissance manifeste dans certains cas.

 

Ce sont ensuite les fusils flash-balls qui entrent en action. Crachant des balles de défense en caoutchouc dont l’impact est comparable à celui d’un calibre .38 Special, ce sont des armes dissuasives redoutables qui ne doivent en principe être employées que si le tireur est menacé - ce qui n’est pas le cas, loin de là, à Rodilhan. De manière générale, les forces de l’ordre semblent avoir du mal à garder la tête froide en cette journée de révolte; un CRS assène des coups de botte répétés dans le ventre de deux militantes à terre, puis essaie d’arracher l’appareil-photo de notre président Jean-Marc Montegnies, qui tente d’immortaliser la scène. Il est finalement tiré à part par plusieurs de ses confrères, alarmés par les débordements.

 

Envers et contre tout

 

Aussi extrême que soit le degré de violence encouru, la lutte perdure jusqu’au soir. Dans un chaos de cris, de sirènes, de mégaphones et de sifflets, les militants encaissent et s’acharnent. Gazés en pleine figure, ils se jettent sur les grilles; tabassés, ils tentent de franchir les barrages. Certains sont équipés de bouteilles de colorant dont ils aspergent les amateurs de torture animale dans les rues, dont une cible de choix, Emmanuel Durand, président du jury de la corrida de l’après-midi et avocat de l’Observatoire National des Cultures Taurines (ONCT), l’organisme qui a fait classer la corrida au patrimoine culturel français.

 

La barrière humaine formée par les activistes n’a pas dissuadé que des spectateurs: elle a également repoussé la Banda (l’orchestre qui accompagne traditionnellement le massacre des taureaux). En conséquence, l’assistance devra se contenter d’une bande-son, fausse note dans un rituel sanguinaire bien huilé. Que cette discordance sonne le glas de la tranquillité des aficionados pour les années à venir: la peur a désormais changé de camp.

 

Vent de panique sur la forteresse taurine

 

La novillada est achevée. Les veaux insouciants ne sont plus que de la chair sanguinolente, torturée, raidie. Pour le public d’un tel spectacle, il n’est point de pardon. Au-dehors, les manifestants guettent, afin d’infliger aux coupables une haie du déshonneur et un départ dont il se souviendront, au grand dam des forces de police qui se regroupent alors et concentrent toute la puissance des lacrymogènes sur la foule prise en étau. Suffoquant, toussant, crachant, les militants perdent du terrain et sont repoussés au-delà du parking des aficionados. Dans le reste du village, la tension est à son comble, alors que des C.R.S. raccompagnent individuellement des pro-taurins à leur voiture garée dans les rues avoisinantes, sous les invectives et les quolibets des activistes. Certains, avec un humour involontaire, expliqueront avec horreur qu’ils ont été touchés; que penseraient les taurillons suppliciés de cette déclaration?

 

L’heure des braves

 

Une fois de plus, les convictions inébranlables des protecteurs des animaux leur ont permis de supporter la violence et le chaos. Transcendés par l’action, et par la rage à l’idée de ce qui se déroule au moment même entre les murs de l’arène, ils se sont révélés des guerriers dont certains policiers n’ont pas hésité, discrètement, à venir saluer le courage.

 

Quand on nous met à terre, nous nous relevons. Pas pour nous-mêmes, mais pour sauver ceux qui, prisonniers d’un cercle de sable, crient et meurent dans l’incompréhension. Il n’y a pas de force plus grande que le désir de protéger. Le monde de la corrida vit maintenant dans l’angoisse permanente de voir débarquer nos troupes, et il est évident que dans ce climat, beaucoup de spectateurs occasionnels renonceront à un loisir qui leur impose des prises de précautions drastiques. Quant aux aficionados chroniques, ce n’est pas avec eux que la corrida, déjà déficitaire, fera son beurre.

 

Le 8 octobre 2011, les aficionados ont modifié le visage de la protection animale par leur violence et leur abjection. Deux ans plus tard, l’adversaire qu’ils ont créé les dépasse complètement, tel un monstre de Frankenstein hors de contrôle, dopé à l’empathie envers les innocents. Nous n’aurons de cesse que cette horreur qu’on appelle corrida ne soit abolie. La révolution pour la libération animale est en marche, inexorable, emportée par des personnalités hors du commun, parmi lesquelles nous rendons tout particulièrement hommage à Jean-Pierre Garrigues (Président du CRAC), pour son leadership inspiré et visionnaire.

 

Le futur, dilemme des autorités

 

Le bilan de la confrontation laisse les forces de l’ordre face à une question cruciale: quand aucun moyen de dissuasion ne fonctionne, quand des activistes battus, gazés, malmenés reviennent à l’assaut malgré l’épuisement, malgré la douleur, quelles armes utiliser? On n’arrête pas des adversaires qui font fi de leur propre souffrance. Ce 27 octobre, les dispositifs anti-émeutes ont montré leurs limites: celles que leur impose une volonté plus forte que l’acier des barrières ou que le choc des matraques.

 

Quant au bilan humain, il est de 10 blessés, tous dans nos rangs bien entendu, dont deux avec des blessures sévères (une jambe trouée, et des contusions étendues liées aux impacts de flash-balls). C’était à prévoir: pour rappel, la police française est dirigée par le Ministre de l’Intérieur Manuel Valls, aficionado acharné ayant déclaré qu’on ne toucherait pas à la corrida tant qu’il serait au gouvernement, confondant ainsi ses pulsions personnelles avec sa mission politique. Monsieur Valls incite d’ailleurs la France à ne pas se montrer tendre dans la lutte avec les «terroristes animaliers».

 

Nous le prenons au mot.
Nous ne serons pas tendres non plus.

 

Les troupes sont prêtes, les soldats aguerris.
Au terme de ces épreuves du feu, les matraques ne nous font plus peur.
Sommes-nous prêts à tout? La réponse est oui.

 

 

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