Une soixantaine d’animaux dans une détresse inimaginable saisis à Saint-Denis

15 mars 2018

 

Ce mardi 13 mars, l’Unité du Bien-Être Animal de Wallonie (UBEAW) ordonne la saisie d’une soixantaine d’animaux à Saint-Denis (Mons) au sein d’une habitation privée. La propriétaire, qui n’est pas une exploitante agricole, détient plusieurs dizaines d’animaux de ferme, d’équidés et quelques animaux de compagnie dans des conditions sanitaires exécrables. La majorité d’entre eux sont carencés.

Les conditions météorologiques de ces dernières semaines ont encore un peu plus aggravé l’état des animaux qui pataugent dans une boue de 30 à 50 centimètres de profondeur.

 

L’ensemble du cheptel vit dans un contexte déplorable. Au regard du nombre d’animaux à prendre en charge et la complexité de la situation, plusieurs refuges agréés se coordonnent pour mener à bien cette saisie et proposent une solution de prise en charge globale aux services d’inspection vétérinaire.

 

La coalition des refuges est composée d’Animaux en Péril, d’Animal Sans Toi..t, du Rêve d’Aby, d’Equichance, de l’Oasis des Ânes, d’OPALE, de la SPA de La Louvière, la SPA de Charleroi, de Tabula Rasa et de la Croix Bleue de Floriffoux.

 

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Une situation qui se dégrade depuis plusieurs années

 

La détresse dans laquelle se trouvent les animaux n’est pas méconnue des services d’inspection vétérinaire. Depuis deux ans, plusieurs plaintes à l’encontre de la propriétaire ont été déposées auprès de l’UBEAW par différents particuliers interpellés par la détresse des équidés, cochons, vaches, moutons, chèvres et autres animaux de compagnie. Les riverains sont consternés par l’état de la propriété qui se dégrade autour des animaux, prisonniers d’abris de fortune insalubres et de terrains composés d’amas de boue et de fange. Les animaux à l’extérieur déambulent avec peine tant leurs membres restent collés au sol.

 

De toute évidence, la propriétaire des animaux n’est pas une éleveuse professionnelle et ne tire pas profit des animaux qu’elle a achetés et qui se sont reproduits de façon chaotique, car ils ne sont pas stérilisés.

 

Cette façon d’agir est typique du syndrome de Noé appelé aussi "animal hoarding". Ce comportement consiste à détenir un nombre anormalement élevé d’animaux, mais sans pouvoir subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. Les animal hoarders sont dans le déni complet et refusent de voir la souffrance qu’ils infligent à leurs animaux.

 

Dans ce cas précis, les animaux sont voués au pire et l’environnement dans lequel les femelles gestantes doivent mettre bas laisse de maigres chances de survie à leurs progénitures.

 

Des conditions de vie catastrophiques

 

Arrivées sur les lieux de la saisie, les associations sont consternées par le sinistre tableau qui se dresse devant elles. L’odeur à l’extérieur est nauséabonde, il n’y a pas un centimètre carré du sol qui n’est pas épargné par la boue. Les différents intervenants se pressent vers la maison où des animaux doivent être pris en charge. À la porte d’entrée gît le cadavre d’une chèvre. Le ton est donné.

 

À l’intérieur, un porcelet de quelques semaines à peine et des agneaux sont couchés, entourés de litières débordantes. À quelques mètres, des poules déplumées sont entassées dans une cage. Les intervenants des différents refuges retrouvent également un lapin et un cobaye au milieu de leurs excréments. Dans une autre pièce, ils découvrent deux cochons asiatiques. Le sol de l’habitation est enfoui sous un véritable lisier; l’odeur est tout simplement insoutenable.

 

Face à la maison, des chèvres et des moutons sont prisonniers de kots sommaires dont le sol n’a rien à envier à celui de l’extérieur. Les animaux y sont enfoncés jusqu’aux genoux et sont incapables de se coucher. Ils sont pressés les uns contre les autres dans cette crasse indescriptible. Aucune nourriture n’est à leur disposition. La laine des moutons et la toison des chèvres grouillent de parasites et dégagent une forte odeur d’urine. Ils sont sortis un à un de ces enclos de misère et portés jusqu’aux vans des associations.

 

Privés de soins et de nourriture

 

À l’extérieur cohabitent des cochons et des chevaux. L’un des cochons à une patte cassée et boîte sévèrement. Les équidés sont extrêmement maigres et certains présentent les stigmates d’anciennes blessures non soignées.

 

Au sein d’un second enclos, des vaches et leurs veaux tentent tant bien que mal de s’extraire du bourbier duquel elles sont prisonnières, à la recherche désespérée de nourriture. Là encore, la profondeur de la boue ne motive pas les animaux à se coucher. Pour échapper à cette humidité, ils résistent debout avec pour conséquence un épuisement total.

 

Chaque espèce se trouvant sur cette propriété maudite tente de s’abreuver et de se nourrir comme elle le peut. Les contenants à eau sont vides et le foin à disposition est souillé. Sans l’intervention des refuges, il est certain que les animaux seraient morts les uns après les autres.

 

Des rapports vétérinaires inquiétants

 

Les différents refuges agréés se répartissent les animaux. De retour d’intervention, ils contactent rapidement leur vétérinaire pour apporter les premiers soins urgents.

 

Les rapports dressés après auscultation des animaux sont inquiétants. Les bovins sont cachectiques avec pour certains un indice d’embonpoint de 1 sur une échelle de 1 à 5. Ils sont infestés de parasites internes et externes. Plusieurs zones corporelles sont remplies de matières fécales agglomérées et collées au poil.

 

Les cochons sont aussi envahis de parasites. L’un d’eux présente plusieurs fibroses suite à d’anciennes blessures.

Un autre a l’humérus fracturé depuis plusieurs mois. Sa patte est raide et inopérable. Son pronostic vital est sérieusement engagé.

 

Les chèvres et les moutons souffrent d’une maigreur extrême et l’une des brebis, allaitant deux agneaux, est épuisée suite à une cachexie très avancée. Ses chances de survie sont maigres sans soins et alimentation appropriés. Ses deux petits doivent recevoir des aliments adaptés à leur jeune âge.

 

Les équidés affichent des corps émaciés, blessés et attaqués par la vermine. L’âne présente aussi des pieds longs dits en babouche.

 

Les différents animaux sont à présent logés dans des sanctuaires où ils recevront tous les soins nécessaires à leur convalescence. Ils bénéficient désormais de la bienveillance dont ils ont cruellement manqué jusqu’à présent et sont dorénavant protégés par les différentes associations qui les ont pris en charge.

 

Quelles suites pour la propriétaire ?

 

Dans les semaines à venir, l’UBEAW statuera sur la destination finale des animaux, mais au regard de leur état de santé catastrophique, il ne fait aucun doute que les refuges en obtiendront la garde définitive.

 

Le Parquet de Mons sera informé du dossier via le procès-verbal dressé par l’UBEAW. Il aura 2 mois pour décider si l’affaire est poursuivie pénalement. Si c’est le cas, la propriétaire ayant maltraité ses animaux se retrouvera alors devant le tribunal correctionnel où elle risque 6 mois de prison et 100.000€ d’amende maximum. Si le Parquet ne réagit pas, l’Administration devra se contenter de lui infliger une amende avec cette fois un maximum de 10.000€.

 

Toutefois, avant ce délai légal de 2 mois, Animaux en Péril peut se constituer partie civile auprès d’un juge d’instruction afin que le dossier reste au pénal et ne retourne pas à l’Administration.

C’est ce que fera l’association, car même s’il n’y avait pas d’intention de nuire de la part de la propriétaire, on déplore de graves conséquences sur les animaux.

 

La propriétaire ne réalise clairement pas la gravité des faits et la situation risque de se reproduire. Il est donc essentiel qu’elle soit renvoyée devant le tribunal correctionnel et condamnée par un juge à une interdiction de détention d’animaux à vie. D’expérience, toute personne au profil similaire à la propriétaire de Saint-Denis qui n’a pas été condamnée a récidivé.

 

Une intervention historique

 

Animaux en Péril, Animal Sans Toi..t, Le Rêve d’Aby, Equichance, L’Oasis des Ânes, OPALE, la SPA de La Louvière, la SPA de Charleroi, Tabula Rasa et la Croix Bleue de Floriffoux ont mené efficacement ce sauvetage qu’elles qualifient d’historique vu la complexité de la situation.

 

Les 30 professionnels et bénévoles s’étaient donné rendez-vous dès le matin sur un parking d’autoroute pour se coordonner et ont attendu, ensemble, le feu vert de l’UBEAW pour intervenir.

 

Le nombre important de personnes dépêchées sur les lieux a permis une prise en charge optimale de ces animaux peu habitués à être manipulés. On pense notamment aux cochons qui ne se laissent pas approcher comme des chevaux. Les suidés sont plus puissants que l’homme et ne supportent pas la moindre contrariété. Sans l’intervention de personnes qualifiées et l’utilisation de matériel adéquat, il aurait été impossible de les embarquer dans les véhicules de transport.

 

L’opération laborieuse a débuté en fin de matinée pour se terminer en début de soirée. Sur des saisies de cette ampleur, la collaboration et la bonne entente entre refuges sont vitales.

 

Les refuges remercient les inspecteurs vétérinaires présents sur place. Représentants de l’autorité de l’UBEAW, ces derniers ont pris la décision qui s’imposait en bonne et due forme.

 

 

 

  • Reportage au JT d'RTL-TVi

     

    60 animaux saisis à Saint-Denis (Obourg)
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    60 animaux saisis à Saint-Denis (Obourg)
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